Posted by: cherylyoung | May 19, 2015

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Abitibi-Témiscamingue inusitée

Le restaurant Dick Woo Radio Grill : symbole passé de la communauté chinoise de Rouyn-Noranda

Mise à jour le mardi 19 mai 2015 à 4 h 59 HAP
Le restaurant Radio Grill, à Rouyn-Noranda (archives)Le restaurant Radio Grill, à Rouyn-Noranda (archives)  Photo :  BAnQ Rouyn-Noranda
« Je vais te dire une affaire, nous autres, on faisait beaucoup de riz! Alors, le chicken fried rice, c’était le main dish. Et les clients demandaient des toasts avec ça! C’était le mets principal. » — Dick Woo Jr

La communauté chinoise a déjà été très importante à Rouyn-Noranda. Le restaurant Dick Woo Radio Grill en a été le symbole. L’établissement a marqué l’imaginaire collectif et la culture culinaire locale. La proximité immédiate du restaurant avec l’hôtel Radio, haut lieu de la musique rock dans les années 50 et 60, a aussi conféré au Radio Grill une aura légendaire pour ses fins de soirées festives… très festives!

Mai est le mois du patrimoine asiatique. C’était donc l’occasion de revenir sur l’histoire du restaurant Dick Woo Radio Grill qui a marqué Rouyn-Noranda.

Un article de Félix B. DesfossésTwitterCourriel

« Mon père est arrivé ici en 1936, de Saskatchewan. Il est né en Chine, mais à l’âge de 3 ou 4 ans, il est déménagé en Saskatchewan », raconte Dick Woo Jr., fils de Dick Woo Sr., fondateur et propriétaire du Radio Grill.

« [Sa famille] allait en Colombie-Britannique pour les chemins de fer. […] Mon père m’a [raconté] que les Chinois qui travaillaient sur le chemin de fer gagnaient une piastre par jour. Ils travaillaient fort… pas des 8 heures! Ils travaillaient très fort. Il y avait beaucoup de discrimination. Mais, tu sais… on l’a fait! Aujourd’hui, je parle avec toi! » — Dick Woo Jr.

Au cours de la décennie 1880, plus de 15 000 Chinois sont arrivés au Canada pour travailler à la construction du chemin de fer du Canadien Pacifique. Le père de Dick Woo, cantonais d’origine, était l’un d’eux.

Au milieu des années 30, durant la grande dépression, plusieurs personnes cherchaient à améliorer leurs conditions de vie, à sortir de la misère. C’est dans ce contexte que Dick Woo « a entendu dire qu’il y avait ici la mine Noranda par ses copains chinois. Il est venu ici pour vivre mieux, parce que dans l’Ouest, c’était la dépression », raconte son fils.

À son arrivée à Rouyn-Noranda, Dick Woo lance le restaurant New Horne Grill sur la rue Principale. L’établissement est la proie des flammes en 1949.

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Dick Woo Radio Grill

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Dick Woo se retrousse les manches et lance le Radio Grill dans le sous-sol de l’hôtel Radio, à l’extrémité nord de la rue Principale. Le succès est au rendez-vous. Le Radio Grill devient un restaurant familial très apprécié. Dick Woo est devenu un homme d’affaires bien en vue et très impliqué dans sa communauté.

Le riz frit au poulet est le mets le plus populaire sur le menu. Et, étrangement, le Radio Grill avait comme coutume de servir des rôties aux clients pour accompagner son riz frit.

Fait inusité, l’agencement du riz frit au poulet avec « un ordre de toasts » a fait école. C’est maintenant une tradition entretenue dans plusieurs chaumières de la région!

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Le nightlife de Rouyn-Noranda

Pour connaître l’origine de la coutume toast et riz frit, certains croient qu’il faut se tourner vers la clientèle de nuit du Radio Grill.

Pendant de nombreuses années, le Radio Grill était ouvert 24 heures sur 24. Son voisin immédiat, l’hôtel Radio, lui offrait donc une clientèle tout au long de la soirée et de la nuit. C’est que l’hôtel n’offrait pas que des chambres. À cette époque, les hôtels de Rouyn-Noranda – et d’un peu partout ailleurs – avaient tous un bar où des orchestres étaient engagés pour donner des spectacles. L’hôtel Radio était particulièrement reconnu pour ses concerts de rock’n’roll.

« C’était la fête toutes les fins de semaine », se souvient Dick Woo. La clientèle éméchée de l’hôtel Radio descendait donc au Radio Grill pour manger un riz frit au poulet en fin de soirée. De la même manière que les fêtards vont aujourd’hui au restaurant Chez Morasse pour manger une poutine à la sortie des bars.

D’ailleurs, The Jades, un groupe formé à Rouyn-Noranda, habitué de l’hôtel Radio, a composé et enregistré vers 1963 une chanson intitulée Chicken Fried Rice. Le chanteur du groupe y raconte que tous les soirs, quand il sort en ville, lui et sa copine terminent la soirée en mangeant un riz frit au poulet. Il s’agit d’un véritable témoignage musical du nightlife rouynorandien des années 60.

Selon certains, aux petites heures du matin, la clientèle venue pour déjeuner et la clientèle sortie des bars se mélangeaient au Radio Grill. Ne sachant plus qui venait déjeuner ou qui venait terminer sa soirée, l’établissement aurait commencé à servir des rôties systématiquement à tous ses clients. Et l’agencement des toasts et du riz frit aurait tellement été populaire que la recette aurait été adoptée par le restaurant et sa clientèle.

Par contre, Dick Woo Jr. ne peut confirmer cette hypothèse. « Ça se peut que ce soit un mélange des deux. Dans ce temps-là, le Radio Grill… 24 heures sur 24! Ça roulait jour et nuit. Chaque après-midi, quand l’école Noranda High School avait fini l’école, ça courait jusqu’au Radio Grill parce que ce n’était pas loin. Et l’été, il y avait des jam sessions. Sacrifice! Les orchestres jouaient tout le temps, en haut au Radio hotel. »

Dick Woo, as du kung-fu?

Dick Woo SrDick Woo Sr

Et à propos de la clientèle nocturne du Radio Grill, Dick Woo Jr. continue : « Je vais te dire une affaire. Tu sais, l’Ontario, ce n’est pas loin. Kirkland Lake, New Liskeard… eux autres sont venus ici pour s’amuser parce qu’ici, les bars fermaient plus tard qu’en Ontario. On avait beaucoup d’activités… de batailles, le soir. Et mon père était dans ça! […] Pour calmer le jeu. Dans ce temps-là, quand lui était jeune, il avait pris [des cours] de kung-fu à l’âge de 5 ou 6 ans. Assez pour se défendre seulement. Quand il y avait du monde qui venait au restaurant pour faire un peu de problèmes, ben mon père vient et puis… Mon père était à peu près de ma grandeur, mais lui, il avait une affaire que la famille avait : le kung-fu. Il y avait juste les prêtres qui savaient ça dans l’ouest. Alors les prêtres ont montré ça aux enfants, comment se défendre.

Dick Woo Sr a donc parfois eu à s’interposer dans des escarmouches entre clients avec ses techniques de kung-fu pour calmer les esprits!

La communauté chinoise de Rouyn-Noranda

Banquet au Radio Grill suite à un mariage dans la communauté chinoise de Rouyn-NorandaBanquet au Radio Grill suite à un mariage dans la communauté chinoise de Rouyn-Noranda  Photo :  Archives Dick Woo Jr

L’histoire du Radio Grill n’est qu’une parmi tant d’autres. Selon Dick Woo, à une certaine époque, au moins 11 restaurants chinois ont eu pignon sur rue à Rouyn-Noranda. Il cite notamment le Yung Cafe à Noranda, l’Hollywood Cafe, le Paris Cafe et la Pagode, qui appartenait également à Dick Woo.

« Il y avait comme une communauté chinoise. Eux autres restaient sur [la rue] Mgr Tessier. On disait que ça, c’était le village chinois de Rouyn-Noranda parce qu’il y en avait trois ou quatre qui avaient déménagé là. Et à chaque occasion, tous les Chinois étaient unis ensemble. Quand un restaurant avait un problème, on s’aide, puis après on continue à faire notre travail », relate Dick Woo Jr.

Plusieurs membres de la communauté chinoise ont quitté Rouyn-Noranda. Les plus jeunes pour étudier. Avec les années, une nouvelle communauté chinoise s’est établie dans le secteur. Ces nouveaux arrivants, souvent des étudiants, gravitent autour de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue. Dick Woo Jr. et son père ont vécu toute leur vie à Rouyn. Leur héritage familial fait partie de la culture populaire du secteur.

« J’vais te dire une affaire. Moi, je suis bien content. J’ai travaillé pour mon père. Puis, tout d’un coup, j’ai dit à mon père : “Je m’en vais”. J’ai été travailler quatre ans [à l’extérieur de la ville]. Puis, quand j’ai vu les cheminées de la mine… home sweet home! Ce n’était pas mieux ailleurs qu’ici. J’ai fait ma vie ici, j’ai élevé mes enfants ici, ma famille. Je me suis intégré. Les gens m’agacent… ils me crient : “Hé, le chinois!”, mais c’est juste des farces. Non, je suis bien ici. » — Dick Woo Jr.
Dick Woo Jr., 2015Dick Woo Jr., 2015

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